dimanche 3 juin 2012

Pierre Jakez-Hélias



Pour le double plaisir d'entendre le générique de cette vieille émission et surtout voir et entendre quelques instants le merveilleux Pierre Jakez-Hélias auteur du Cheval d'Orgueil.




la cérémonie des contes

Le conteur était le maître de la veillée. Il choisissait sa place pour s'asseoir. C'était assez souvent le banc du foyer que le chef de ménage lui abandonnait avec plaisir. Et pendant qu'il parlait, l'homme jouait avec le feu, avec les ombres portées sur le mur du fond. Il savait faire flamber la souche au moment le plus dramatique du conte, ramener progressivement la cendre sur la braise quand il se préparait à finir. Mais jamais lui ni ses pareils n'auraient commencé à parler avant d'avoir obtenu le plus parfait silence. Cela valait parfois quelques bourrades aux enfants. Le conte commencé, personne n'aurait osé souffler mot. On savait que le conteur s'arrêterait en s'excusant : "Je ne suis pas sur mon bon côté, cette nuit." Et il serait inutile d'insister. Ce n'était pas le conteur qui était en cause, mais le conte qui refusait de venir.
L'homme se mettait d'abord à parler sans regarder personne, comme s'il s’était fait confidence à lui-même, comme s'il s'était mis à rêver tout seul devant le feu complice : "Autrefois était autrefois et aujourd'hui c'est un autre temps. Dans mon verger, j'ai un arbre de pommes qui nourrit des fruits plus tendres que le pain. Mais pour goûter ce pain de pommes, il vous faut dormir au pied de l'arbre, avec deux sous de sagesse dans le poing fermé, un grand sac vide sous la tête pour amasser tout ce qui tombe. Moi, je le dis, ma récolte est faite et mon sac tout plein de merveilles que je partage à qui les veut. Ecoutez ! 

Les Autres et les miens (1977)



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire